Interview : Paul Hofman
Theatre Queen, Miss Travestie Holland 2016. Une bête de scène au grand cœur qui adore chanter de belles chansons. « Be true to yourself, true to someone else and true to the world. This Is My Pride! Chacun vit la Pride à sa façon. Nous sommes tous uniques, et pourtant durant la Pride on ressent une unité. Pour moi, c’est le véritable esprit de la Pride. »
Interview
« REGARDER PLUS SOUVENT DANS LE MIROIR »
L’année dernière, Niki Today a remporté de façon totalement inattendue le titre de Miss Travestie Holland. Il porte ce titre avec fierté. Pour lui, cela a été une grande victoire personnelle, une histoire dramatique qui... Dès qu’il monte sur scène quelque part aux Pays-Bas, un énorme enthousiasme éclate immédiatement. Niki Today est l’alter ego de Nikolai Slisser. Son personnage est né par hasard, raconte-t-il en souriant.
Au bureau amstellodamois de l’organisation Pride, c’est un va‑et‑vient permanent. Niki Today nous reçoit joyeusement. Quand on lui demande de parler de sa vie, il marque un instant de silence. « La création de Niki est née d’un incident très grave. Il y a un peu plus de trois ans, j’ai eu une crise cardiaque et cela m’a littéralement et au sens figuré réveillé. Pendant des années je me suis laissé guider par la peur et les doutes, au point de ne pas vraiment vivre. Je fuyais mon propre moi et n’ai jamais osé me confronter à moi‑même. À à ce moment‑là, être drag queen ne faisait pas partie de mes perspectives. J’étais acteur et dans le monde du théâtre, le rôle de drag queen semblait un pas trop loin. Mon expérience de presque‑mort m’a ouvert les yeux. Ça peut sonner comme un cliché, mais j’ai vraiment senti un poids partir de mes épaules. À partir de ce moment, j’ai décidé de ne plus laisser mes peurs diriger ma vie. Je me souviens encore de mon premier spectacle en travesti comme si c’était hier. Tout à coup, je brillais sur scène avec des paillettes, du glamour, des plumes et de beaux danseurs. Interpréter un personnage comme Niki me plaît. Dame Edna est mon grand modèle. » Lorsqu’on lui demande ce qui le rend si particulier, il répond spontanément : « Contrairement à beaucoup de dragqueens, je chante en live. » Pour lui, la scène est tout ; il avoue néanmoins être nerveux avant chaque représentation. « Mais c’est une nervosité saine. Je suis toujours reconnaissant de pouvoir chanter. Je savoure énormément le moment où je suis sur scène. »
Le thème de la Pride 2017 le touche particulièrement. « Mon interprétation en live de ‘This is my life’ est devenue mon hymne. C’est aussi ce qui m’a valu d’être élu lors de l’élection Miss Travestie. » Il confie doucement : « Pendant la semaine de la Pride, je chanterai régulièrement ce morceau. Dans de magnifiques robes, avec de belles coiffures et sur des talons fabuleux. Au concert de clôture sur la grande scène, je vais complètement me lâcher. Mon rêve se réalise. Ça compte énormément pour moi. »
Le moment où il a été invité à devenir ambassadeur de Pride Amsterdam reste gravé dans sa mémoire. « C’était totalement inattendu. Une opportunité comme celle‑ci ne tombe pas tous les jours. Tu imagines bien que j’ai saisi la chance à pleines mains. Avec les autres ambassadeurs, je souhaite aborder encore plus profondément et de manière plus précise le contenu de la Pride. Parce que la Pride, c’est tellement plus que la très impressionnante Parade de Bateaux avec que de belles personnes à bord, » dit‑il en riant.
Les yeux de Niki Today s’illuminent lorsqu’il raconte en éclats de rire comment est né son nom. « Savais‑tu que le gagnant irlandais de l’Eurovision Johnny Logan a été à l’origine de ma carrière ? Il y a deux ans, je travaillais pour Amsterdam Gaypride et je m’étais déguisé pour la plaisanterie en la mère de Conchita qui avait remporté le concours cette année‑là. Je suis allé le voir et lui ai littéralement dit : “Hi Mr Logan, normally my name is Nikolai but now I am Niki today”. Il a répondu tout de suite : “Well hello Niki Today”. C’est ainsi que le nom de mon alter ego est né. »
Comment entend‑il remplir son rôle d’ambassadeur ? Il réfléchit un instant puis répond : « Je veux, depuis mon cœur, aborder quelque chose qui n’est pas souvent nommé, ou pire, qui est tout simplement nié. Quand il se passe quelque chose de dramatique dans la scène gay, comme récemment l’agression de deux hommes à Arnhem, nous montrons une unité à l’extérieur. Nous nous tenons la main et affichons l’égalité. » Il ajoute : « Je ne suis pas le gay le plus mince, donc beaucoup de gens ne me remarquent pas. Combien de fois des personnes sont‑elles exclues parce qu’elles ont la peau foncée ou parce qu’elles sont trop féminines ? Je constate que dans notre communauté, on a trop souvent des œillères les uns envers les autres. Il est très difficile de rencontrer des gens et d’avoir simplement une conversation agréable si dès le premier regard on se fait déjà repérer à la sortie du bar. Personne n’est pareil, alors pourquoi aimons‑nous tant nous mettre dans des cases ? On critique cette mentalité chez les hétéros, mais nous y contribuons tout autant. »
En tant qu’ambassadeur, je veux montrer que nous pourrions regarder plus souvent dans le miroir. Est‑ce que nous traitons toujours les autres comme nous aimerions être traités nous‑mêmes ?
Pour conclure, il dit : « Dans la scène, tout tourne autour de l’apparence, c’est sur cela qu’on est jugé. Je suis content de mon corps et de mes formes, mais une grande partie du monde gay voit les choses différemment. La vraie beauté réside dans l’imperfection. Dans mon rôle d’ambassadeur, j’espère en quelque sorte briser ces cases que nous nous créons. » Et sur le plan personnel ? « Rencontrer un beau garçon et vivre un mariage de conte de fées. » Il a hâte que Pride Amsterdam commence.
Ambassadrice Pride depuis 2017
