Texte : Paul Hofman
Photo : Remon van den Kommer
Vidéo : Paradox Productions
L’ambassadeur Paul Morris naît à Caracas, où il grandit. Fils d’une mère néerlandaise et d’un père vénézuélien, il possède la double nationalité — un atout qui lui sera utile plus tard. Le chanteur latino et pop raconte son rapport à son homosexualité : « Le genre est un choix que chacun peut définir à sa façon. »
Paul est détendu. Barbe de trois jours bien visible, regard timide et une intonation chantante — ses racines sud-américaines se voient tout de suite. Il revient d’un spectacle aux Bahamas, dit‑il. « J’y ai chanté de la pop latino, du jazz, du funk et du classique. » Il n’a pas dejetlag.
Paul passe une enfance heureuse dans la capitale du Venezuela. Très jeune, il se passionne pour le chant et la danse. Rien d’étonnant à ce qu’il rêve de devenir chanteur et danseur. Grâce à sa double nationalité, il lui est plus facile de réaliser ce rêve aux Pays‑Bas. À dix‑huit ans, il décide d’y partir. « C’était un pays totalement étranger pour moi. J’ai adoré. Tellement différent du Venezuela. » Quatre ans plus tard, sa mère le rejoint aux Pays‑Bas.
DanceSing
Ils logent chez son grand‑père, qui vit dans une région de laBible Belt— pas vraiment l’idéal pour Paul. Surtout quand il sort du placard à dix‑huit ans. Peu après leur arrivée, il décide de suivre son rêve et entame une formation en Performing Arts à Amsterdam. Il peut y canaliser toute son énergie. Ses talents sont remarqués et, peu après l’obtention de son diplôme, il a la possibilité de participer à l’émission téléviséeDanceSing.— une émission de talents à la recherche d’une popstar qui sache chanter et danser. C’est tout à fait son univers. Il fait forte impression par sa voix, son allure virile et son sourire irrésistible. « Ça a bouleversé ma vie. » Ses vidéos surYouTubese révèlent être un grand succès. Des centaines de milliers de spectateurs regardent ses prestations.
Gènes
La musique est dans ses gènes. Son cousin Rolf Sanchez compte plusieurs tubes à son actif. Sur scène, Paul est une véritable dynamo. En 2019, il se produit lors de la Closing Party de la Pride. « Ce fut le sommet de ma carrière. Dix mille personnes qui fêtaient sur mes morceaux. Énorme. Le public de la Pride est le meilleur qui soit. Il te rend tout. » Il rayonne. Il est complètement surpris lorsqu’on lui propose de devenir ambassadeur Pride 2022. « C’était un moment wow. Évidemment, j’ai dit oui tout de suite. »
Son message en tant qu’ambassadeur : « J’espère inspirer, à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté , les gens à embrasser toutes les facettes de leur personnalité. Accepter et apprendre à aimer ses côtés clairs et sombres est souvent difficile pour nous, mais c’est incroyablement important. L’un n’exclut pas l’autre. Raison et émotion, enthousiasme et tristesse, énergie féminine et masculine — nous devons savoir que tout peut coexister.

Macho
Il se souvient très bien de sa première Pride. « C’était une grande fête qui m’a profondément marqué. J’ai adoré voir toutes ces personnes. C’était le pays où j’étais arrivé. Émouvant. » Il frissonne encore à l’évocation de cette Pride. Surtout le bateau de police qui escortait les participants l’a beaucoup impressionné. « Cela aurait été impossible dans mon pays natal. À aujourd’hui, une culture machiste prévaut. Savais‑tu que le Venezuela est l’un des rares pays d’Amérique du Sud où le mariage homosexuel reste illégal ? » Il se tait. « Quatre‑vingts pour cent de la population le rejettent. Ce formatage des esprits me dégoûte. »
Est‑ce qu’il regrette sa terre natale ? « Absolument. La vie quotidienne avec mes amis me manque. C’est très contradictoire de les revoir, mêlé à la tristesse que ce soit désormais si rare. » Soupire : « En fait, je ne me sens chez moi nulle part. »
Petit ange
La fin des mesures liées au coronavirus est arrivée pour lui à point nommé. Ces années ont été dures : non seulement ses représentations se sont réduites à néant, mais il ne pouvait pas voir ses amis. « Ça m’a profondément affecté. » Malgré tout, il parvient à sortir en 2021 un single au titre évocateur,Cuánto Más(en espagnol : combien de temps encore). C’est une adaptation du titre néerlandais « Duurt te lang ». Entre deuxlockdowns , un événement bouleverse sa vie. « J’avais signé un contrat pour travailler longtemps lors d’unDinner Showà Mykonos.
Le succès s’arrête toutefois brusquement. « Ça devait être l’été de ma vie. La veille de mon anniversaire, j’ai eu un horrible accident. Après un spectacle, je rentrais à scooter à l’hôtel. J’ai roulé trop vite. Sur la route j’ai dû freiner brutalement et je suis tombé. » Les conséquences sont graves. « Fracture de la mâchoire, visage tuméfié, dents brisées et plusieurs contusions. » Il ressemblait à une poupée rapiécée, mais de retour aux Pays‑Bas il se remet vite. Il devait y avoir un petit ange sur son épaule, dit‑il. « En ce moment, j’ai plein de projets. Un nouveau titre sortira plus tard cette année et je chanterai dans le groupe de reprisesThis is Beethoven.
Porte‑étendard
Il attend son rôle d’ambassadeur avec impatience. « Après deux années sans Pride, rien ne devrait empêcher un été pétillant. Je peux être un bon porte‑étendard pour la communauté latino. » Comment transmettra‑t‑il son message ? « Grâce à ma musique, je veux réchauffer les cœurs, faire danser les gens et les inciter à profiter de la vie. Il est important de maintenir le dialogue sur la sexualité et la liberté d’être. C’est ce que je fais et continuerai de faire. Ce serait aussi un honneur d’inspirer mes pairs latinos à se libérer sans honte de la culture machiste dominante. » Puis : «I won’t hide my love. » Paul Morris deviendra indéniablement la star de la Pride 2022.
Ambassadeur·rice Pride depuis 2022